Les orages de la Tornado Alley - Année 2013

 
      Les récits
 
Dans un proche avenir, cette catégorie rassemblera tous les récits portant sur la période où notre équipe de traqueurs évoluait à travers la Tornado Alley. C'est donc ici que vous pouvez découvrir les différentes situations que nos chasseurs d'orages rencontraient que ce soit au niveau des orages ou du quotidien en général. En rédigeant les textes, notre attention s'est concentrée sur le côté immersif que nous voulons offrir à l'internaute qui parcours nos lignes car c'est finalement ici que vous pourrez vous imaginer en compagnie de notre équipe en vivant chaque instant avec eux. D'ailleurs, l'auteur a pris le soin d'écrire avec le temps du présent et à la première personne du singulier afin d'amplifier le côté immersif.

Par ailleurs, nous rappelons qu'une liste de référence vis-à-vis des séquences du film 'On The Way Of Storms' est disponible. Celle-ci vous permet de situer les orages décrits dans les récits vis-à-vis du film afin que vous puissiez davantage vous immerger dans nos rétrospectives quotidiennes.

Enfin, bien que nous parlons de plusieurs récits, seul ceux se consacrant aux journées des 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30, 31 mai et 01 juin 2013 ont été diffusés actuellement. En effet, pas mal de travail nous reste encore à accomplir avant de pouvoir vous offrir la panoplie complète. Par la suite, les récits paraîtront dans un ordre chronologique avec la parution du récit du 02 juin 2013 prochainement.
 
 
 
      Récit du 27 mai 2013 par Michael Baillie - Au pied du géant
 
En ce lundi 27 mai 2013, je me lève tôt même très tôt au matin vers 06h00 LT afin de minutieusement analyser les différents champs des modèles météorologiques qui me permettront d'estimer au comté près où la formation des cellules orageuses potentiellement supercellulaires iront se former. En effet, l'objectif de cette journée consiste en la capture d'un orage supercellulaire en se concentrant essentiellement sur les structures du courant ascendant. Si l'objectif ressemble à celui du 23 mai au Texas, la différence ici réside dans le milieu où nous irons capturer l'orage. En effet, l'environnement sera à la fois plus humide et dépourvu de sable et de poussière ce qui devrait nous permettent de voir plus clairement ce qui se dévoilera devant nos yeux. De plus, on pourra donc constater ce que donne la présence d'un tel orage dans un climat plus humide.

Pour en venir aux prévisions du Storm Prediction Center ainsi que de celles de Jean-Yves et Robert, elles apportent tous les éléments indispensables dont j'ai besoin et largement en suffisance pour zoner une région d'initiation où le comté de Smith, région située au nord-ouest de l'état du Kansas, semble en être le centre à cette heure, un peu comme cela était envisagé la veille. Au niveau des risques présents, on a 10% pour l'occurrence d'une tornade, 30% pour la survenue de vents destructeurs et 45% pour de la grêle géante, le tout sur un rayon de 25 miles à partir de n'importe quel point de la zone concernée. Bref, un cocktail typiquement supercellulaire... Pour en savoir davantage sur les prévisions, celles-ci sont disponibles via le lien suivant : 27/05/2013 - 1300 UTC - Day 1 - Convective Outlook.
 
Prévisions émises par le Storm Prediction Center, le 27 mai 2013 à 07h00 LT. Crédit illustration : Storm Prediction Center
Prévisions émises par le Storm Prediction Center, le 27 mai 2013 à 07h00 LT.
Crédit illustration : Storm Prediction Center
 
Une fois 07h00 LT sur nos montres, nous prenons la route depuis notre motel d'Alliance au Nebraska (point A sur les cartes du parcours) en direction du comté de Smith au Kansas, situé à +/- 530 kilomètres de notre position actuelle, fin prêt à en découdre avec le risque supercellulaire qui s'annonce prometteur... Le départ si hâtif de notre motel a lieu pour plusieurs raisons habituelles tels que la prise en compte de la durée du trajet à parcourir et une présence sur les lieux d'observations avant la naissance des orages. Sauf que dans ce cas-ci, on doit également tenir compte d'un autre élément soit un changement de fuseau horaire ! En effet, durant notre parcours, on repassera dans le fuseau correspondant aux plaines centrales, ce qui nous fera perdre une heure de sorte que s'il est 07h00 LT dans notre région actuelle, il est déjà 08h00 LT à notre destination (Pour accéder au parcours de la journée directement sur Google Map, nous vous invitons à suivre le lien suivant : Parcours du 27 mai 2013).
 
Vue d'ensemble du trajet qui sera parcouru durant la journée du 27 mai 2013. Crédit illustration : Google Map
Vue d'ensemble du trajet qui sera parcouru durant la journée du 27 mai 2013.
Crédit illustration : Google Map
 
Vue rapprochée du trajet qui sera parcouru durant la journée du 27 mai 2013. Crédit illustration : Google Map
Vue rapprochée du trajet qui sera parcouru durant la journée du 27 mai 2013.
Crédit illustration : Google Map
 
Vue détaillée du trajet qui sera parcouru entre Alliance et Alma durant la journée du 27 mai 2013. Crédit illustration : Google Map
Vue détaillée du trajet qui sera parcouru entre Alliance et Alma durant la journée du 27 mai 2013.
Crédit illustration : Google Map
 
Vue détaillée du trajet qui sera parcouru entre Alma et Concordia durant la journée du 27 mai 2013. Crédit illustration : Google Map
Vue détaillée du trajet qui sera parcouru entre Alma et Concordia durant la journée du 27 mai 2013.
Crédit illustration : Google Map
 
Avant d'entamer la route proprement dite, nous prenons le soin de faire le plein d'essence même s'il reste pas mal de carburants dans le réservoir. En effet, il ne faudrait pas que l'on se retrouve à avoir besoin de nous rendre à une station essence durant une phase supercellulaire hormis pour se protéger de la grêle peut-être. Sinon, concernant les risques qu'on encourt avec le véhicule, nous avons tout de même quelque chose au menu aujourd'hui et qui concerne le train de roues.

De fait, durant la veille, nous n'avons pas pris le temps de chercher après un réparateur automobile afin de mettre une mêche au pneu ayant été endommagé par une vis durant notre parcours du 25 mai. Nous sommes donc toujours occupé à rouler avec notre unique roue de secours, de sorte que s'il arrive quelque chose, on risque bien de rester planté là où l'on sera. Si cela arrive durant la traque, il se pourrait bien que celle-ci doive être totalement abandonnée et donc pas seulement retardée par un changement de la roue défectueuse par celle de secours comme cela s'est produit à Johnson City au Kansas. Enfin, une fois le plein d'essence exécuté, nous prenons la direction du sud-ouest en direction de la ville de Phillipsburg, une ville toute proche du comté de Smith et que l'on devrait atteindre avant de nous rendre dans ce comté depuis l'ouest où l'on pense voir naître l'objectif de cette journée.

Durant les 5 heures de route en direction de notre point de ralliement, je surveille constamment l'évolution des modèles météorologiques ainsi que l'état du ciel afin d'être apte à rapidement réagir si des imprévus doivent se mettre en place. Concernant ce dernier, il est particulièrement radieux à 08h00 LT soit une heure après notre départ alors que nous nous situons dans le comté de Morrill (point B sur les cartes du parcours) où se situe la ville de Bridgeport par laquelle nous sommes passés durant la veille.
 
Situation météorologique dans la région du comté de Morrill au Nebraska vers 08h00 LT. Crédit photo : Eric Dargent
Situation météorologique dans la région du comté de Morrill au Nebraska vers 08h00 LT.
 
Seulement, une demi-heure plus tard, c'est une tout autre ambiance qui nous entoure avec une invasion de stratocumulus faisant penser à un temps totalement banal à la manière de ce que l'on peut connaître lorsqu'un front chaud affaibli passe en Belgique. Pourtant, on se dirige toujours droit vers un risque de tornade... Ce type de temps s'empire même avec la présence de pluie et d'un brouillard tenace lorsque nous arrivons dans le comté de Keith vers 09h00 LT, ce type de temps nous accompagnant un peu près jusqu'à la zone du changement de fuseau horaire (point C sur les cartes du parcours). Lieu que l'on atteint après un peu plus d'une heure de route soit vers 10h05 LT. Avec le changement d'heure, il est désormais 11h05 LT et nous voyons donc que nous avons bien fait de démarrer assez tôt vue qu'il reste encore du chemin à parcourir...
 
Situation météorologique dans la région du comté de Keith au Nebraska vers 09h00 LT. Crédit photo : Eric Dargent
Situation météorologique dans la région du comté de Keith au Nebraska vers 09h00 LT.
 
Vers 13h00 LT, nous nous arrêtons dans la ville d'Alma située tout juste au nord de la frontière avec le Kansas. Il s'agit ici, d'un arrêt ayant pour objectif de se restaurer et de refaire un plein d'essence, cela toujours dans le but de posséder un réservoir plein avant d'entamer la traque proprement dite. Concernant le ravitaillement, celui-ci se fait dans un Pizza Hut cette fois-ci (point D sur les cartes du parcours) ce qui n'améliore pas notre régime alimentaire du voyage. Mais bon, s'il faut bien se dire une chose, c'est que la Junk Food est disponible rapidement et à toute heure aux États-Unis, ce qui correspond aux demandes des traqueurs d'orages que nous sommes. Sinon, du côté du ciel, il ne pleut plus depuis l'endroit où nous avons changé de fuseau horaire mais les stratocumulus sont cependant toujours présents. Enfin, une fois cette escale terminée, nous reprenons la route pour ne plus nous arrêter jusqu'à notre point de ralliement.
 
Bureau législatif de la ville d'Alma au Nebraska. Crédit photo : Samina Verhoeven
Bureau législatif de la ville d'Alma au Nebraska.
 
Lors de notre arrivée dans la région de Phillipsburg au Kansas, soit dans la zone à risque, vers 14h00 LT (point E sur les cartes du parcours), le ciel se présente toujours aussi duveteux mais nettement plus ensoleillé. Dès lors, malgré la brume, on discerne déjà des nuages cumuliformes en plein formation par-ci par-là. Il faut ajouter que la situation est stressante car tout peut s'enclencher très rapidement et il s'agit donc d'être au bon endroit, au bon moment lorsque cela arrivera, ce qui nous met constamment en mouvement.
 
Nuages d'altitudes trahissant la présence des fronts chauds et froids à proximité de la région occupée par notre équipe. Crédit photo : Eric Dargent
Nuages d'altitudes trahissant la présence des fronts chauds et froids à proximité de la région occupée par notre équipe.
 
Le plus important est d'obtenir un paysage dégagé pour observer le moindre détail du ciel ce qui nous conduit à nous rendre dans une zone rurale. Durant cet éloignement des zones urbaines, on remarque la présence de cimetières perdus au milieu de nulle part tel que celui de Pleasant Ridge (point F sur les cartes du parcours) que l'on croise vers 15h00 LT.
 
Une fois posté à proximité du cimetière de Pleasant Ridge au Kansas, les premiers bourgeonnements cumuliformes font leur apparition. Crédit photo : Eric Dargent
Une fois posté à proximité du cimetière de Pleasant Ridge au Kansas,
les premiers bourgeonnements cumuliformes font leur apparition.
 
Pour ma part, durant ce temps, je consulte assidûment le site du SPC afin de suivre les différents "Mesoscale discussions" qui sont diffusés par le centre de prévisions. Ceux-ci finissant par mettre en évidence l'imminente formation des orages et la prévision d'un "Tornado Watch" dans notre secteur vers 15h23 LT. C'est alors que nous roulons entre les régions de Phillipsburg et de Stockton en regardant scrupuleusement le ciel pour détecter le cumulus qui tendrait à évoluer en cumulonimbus, cela afin d'être sûr d'être au pied de celui-ci dès que tout se mettrait en place. Pour en savoir davantage sur le "Mesoscale discussion", ce dernier est disponible via le lien suivant : 27/05/2013 - 1523 LT - Mesoscale Discussion.

Seulement, un soucis se présente durant notre investigation et concerne la connexion Internet qui a tendance à se couper dans les environs de Stockton (point G sur les cartes du parcours), ce qui ne facilite pas les choses pour obtenir des informations mais à ce moment là, vers 16h00 LT, on a l'impression de discerner des tours convectives vers le nord-ouest, celles-ci se formant sur une ligne perpendiculaire à celle d'un front nuageux. Cela nous amène à observer cette ligne tout en remontant vers celle-ci jusqu'au moment où l'on aperçoit ce qui ressemble à la brutale mise en place d'une convection profonde vers 16h10 LT alors que nous sommes tout juste entre les localités de Stockton et de Phillipsburg (point H sur les cartes du parcours). À peine cinq minutes après, lorsque l'on arrive à hauteur de Glade (point I sur les cartes du parcours), le système potentiellement orageux semble se mettre bien en place, ce qui va probablement nous amener à effectuer un arrêt pour faire des observations.
 
Mise en place d'une profonde convection au moment où l'équipe arrive à hauteur de Glade. Crédit photo : Eric Dargent
Mise en place d'une profonde convection au moment où l'équipe arrive à hauteur de Glade.
 
Naissance du système orageux sur la carte radar météorologique vers 16h08 LT. L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe. Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
Naissance du système orageux sur la carte radar météorologique vers 16h08 LT.
L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe.
Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
 
Vers 16h20 LT, lors d'un arrêt au sud de la région de Phillipsburg (point J sur les cartes du parcours), on imagine que c'est au niveau de la jonction de différents fronts, appelée communément le point triple, que le tout va se jouer, ce qui s'avère rapidement être le cas en présentant la formation orageuse la plus avancée dans la région de ce noeud.
 
Situation orageuse sur la carte radar météorologique vers 16h24 LT. L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe. Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
Situation orageuse sur la carte radar météorologique vers 16h24 LT.
L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe.
Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
 
Série de cumulus congestus observés depuis le sud de la ville de Phillipsburg. Crédit photo : Eric Dargent
Série de cumulus congestus observés depuis le sud de la ville de Phillipsburg.
 
Vue serrée du sommet de l'un des cumulus congestus. La brume rend les observations assez difficiles. Crédit photo : Eric Dargent
Vue serrée du sommet de l'un des cumulus congestus. La brume rend les observations assez difficiles.
 
À présent, il faut continuer à remonter au niveau de cet orage se situant actuellement au nord-ouest de notre position afin de prendre un bon point de départ. Un élément rassurant vient vers nous 20 minutes plus tard lorsque l'on croise le Dominator 2 stationné à une pompe à essence de Phillipsburg (point K sur les cartes du parcours). En effet, lorsqu'un Dominator est présent dans une région, c'est qu'il est fort probable que ce soit dans celle-ci que tout va se jouer.
 
Pendant le transit de la ville de Phillipsburg, notre équipe croise le Dominator 2 stationné à une pompe à essence. Crédit photo : Samina Verhoeven
Pendant le transit de la ville de Phillipsburg, notre équipe croise le Dominator 2 stationné à une pompe à essence.
 
On continue donc de plus belle en direction des cumulifications jusqu'à faire un nouvel arrêt vers 16h50 LT, au nord de la ville (point L sur les cartes du parcours). Depuis cette région, on fait face à une véritable explosion convective qui confirme le potentiel que nous possédons aujourd'hui pour voir se former une supercellule de bonne facture.
 
Formation d'un orage supercellulaire observé depuis le nord de la ville de Phillipsburg. Crédit photo : Samina Verhoeven
Formation d'un orage supercellulaire observé depuis le nord de la ville de Phillipsburg.
 
Situation pluvieuse sur la carte radar météorologique vers 17h00 LT. L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe. Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
Situation pluvieuse sur la carte radar météorologique vers 17h00 LT.
L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe.
Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
 
Au même endroit, vers 17h05 LT, on semble voir le signal qui détermine le moment où l'on doit passer en mode 'traque active', cela provenant du "Dominator 2" qui passe à toute allure à côté de nous en direction de l'orage en question alors que nous nous apprêtons à l'intercepter ! En d'autres mots, c'est parti pour une course dont le but sera de rester constamment au niveau du courant ascendant de l'orage supercellulaire qui se met en place.
 
Alors que notre équipe observe le développement de la supercellule, le Dominator 2 fait un passage à vive allure en direction de l'orage. Crédit photo : Samina Verhoeven
Alors que notre équipe observe le développement de la supercellule, le Dominator 2 fait un passage à vive allure en direction de l'orage.
 
Ni une ni deux, on fonce sous cette cellule en pleine formation où l'ambiance de traque se fait vite sentir vu le nombre de chasseurs d'orages présents dans la région. Dès lors, à 17h10 LT, on est fin prêt pour une traque active en étant actuellement au pied du courant ascendant d'un orage supercellulaire, une traque qui symbolisera notre première sortie du séjour commençant sous la base d'une supercellule en pleine formation, exactement comme je l'avais promis à Samina et Éric durant la veille... Il faut dire que j'y tenais et que j'ai donc fais tout mon possible pour que ce genre de situation puisse se concrétiser, chose qui est apparemment entrain de se produire devant nos yeux.
 
Peu après le passage du Dominator 2, nos traqueurs prennent la route en direction de la base de la supercellule. Crédit photo : Eric Dargent
Peu après le passage du Dominator 2, nos traqueurs prennent la route en direction de la base de la supercellule.
 
Situation pluvieuse sur la carte radar météorologique vers 17h09 LT. L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe. Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
Situation pluvieuse sur la carte radar météorologique vers 17h09 LT.
L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe.
Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
 
Une fois positionné (point M sur les cartes du parcours), de nombreux traqueurs d'orages sont présents dans la zone autour de nous et on remarque même la présence de voitures blindées dont justement le Dominator 2 que l'on a vu passer précédemment. On croise même des vans de storms chases tours ainsi que des petits groupes tel que le nôtre, bref, on se situe en plein dans l'ambiance de la traque aux orages ou plutôt aux tornades à l'américaine si bien que l'on est pas loin d'avoir des embouteillages sur la dirt road que l'on s'apprête à prendre pour suivre la cellule orageuse.

De mon côté, je commence à effectuer des prises de vues de la colonne rotative composant le courant ascendant de l'orage ainsi que de son enclume, celles-ci étant incluses dans la séquence de la phase de formation des cellules orageuses dans le film 'On The Way Of Storms - L'Intégral' entre 00: 40: 10 et 00: 41: 15. Ces dernières sont accessibles via le lien suivant : 27 mai 2013 - On The Way Of Storms - L'Intégral - 01.
 
Le Dominator 2 posté le long d'une dirt road (présente à droite hors-champ) prêt à commencer la traque. Crédit photo : Eric Dargent
Le Dominator 2 posté le long d'une dirt road (présente à droite hors-champ) prêt à commencer la traque.
 
Vue d'ensemble du trajet qui sera parcouru sur les routes de campagnes (dirt road). Crédit illustration : Google Earth
Vue d'ensemble du trajet qui sera parcouru sur les routes de campagnes (dirt road) entre les points M et S.
Crédit illustration : Google Earth
 
Peu après avoir emprunté la dirt road en question, on effectue un arrêt vers 17h17 LT sur un premier point d'observation (point N sur les cartes du parcours) afin d'assister à la mise en place d'une base rotative surbaissée que l'on compte suivre en parcourant notre route de campagne. Vers l'ouest, nous voyons le groupe du storm chase tour que nous avons croisé, celui-ci créant une certaine ambiance en compagnie de l'orage qui se met en place.
 
Groupe de personnes faisant partie d'un storm chase tour. Crédit photo : Eric Dargent
Groupe de personnes faisant partie d'un storm chase tour.
 
Concernant l'ambiance météorologique, nous notons un vent très soutenu soufflant essentiellement du sud-est pour converger vers la base du courant ascendant. On a donc affaire à un véritable aspirateur qui donne une idée de la puissance que doit posséder l'orage supercellulaire en pleine formation. On a donc des soulèvements de poussière qui se créent, cette dernière provenant généralement des différentes dirt road de la région qui nous concerne. Au niveau des structures nuageuses, on observe la formation du pseudo-front chaud et du pseudo-front froid de la supercellule.
 
Vue vers le pseudo-front chaud (à droite) et le pseudo front froid (à gauche) de l'orage supercellulaire. L'angle constitue la jonction des deux pseudo-fronts. Crédit photo : Eric Dargent
Vue vers le pseudo-front chaud (à droite) et le pseudo front froid (à gauche) de l'orage supercellulaire.
L'angle constitue la jonction des deux pseudo-fronts.
 
Développement d'un écho en crochet sur la carte radar météorologique vers 17h19 LT. L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe. Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
Développement d'un écho en crochet sur la carte radar météorologique vers 17h19 LT.
L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe.
Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
 
Après avoir repris la route en direction de l'est, cela afin de rester constamment au niveau de la base du courant ascendant de l'orage que l'on observe, nous effectuons un deuxième arrêt vers 17h30 LT (point O sur les cartes du parcours). Durant celui-ci, on constate que les conditions météorologiques commencent à devenir difficiles pour effectuer des images propres sans oublier le fait que le courant ascendant s'élargit considérablement. De fait, le vent est vraiment soutenu en soufflant vers la jonction des pseudos fronts et nous sommes très près de la base du courant ascendant qui s'avère assez lisse. Une poignée de minutes plus tard, on décide de reprendre la route vers l'est afin d'obtenir une meilleure perspective de la structure que nous observons actuellement.
 
La supercellule a développé un écho en crochet bien net sur la carte radar météorologique vers 17h28 LT. L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe. Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
La supercellule a développé un écho en crochet bien net sur la carte radar météorologique vers 17h28 LT.
L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe.
Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
 
En ayant distancé l'orage supercellulaire, on voit nettement le pseudo-front chaud (à droite) et le pseudo-front froid (à gauche). Crédit photo : Samina Verhoeven
En ayant distancé l'orage supercellulaire, on voit nettement le pseudo-front chaud (à droite) et le pseudo-front froid (à gauche).
 
Peu de temps après, vers 17h40 LT, on fait un troisième arrêt mais celui-ci fut de si brève durée qu'on ne peut pas à proprement parler d'une véritable session d'observation. Cela venant du fait que le courant ascendant est toujours bien au-dessus de notre tête. L'arrêt ici n'avait de valeur que pour obtenir un paysage plus dégagé sur la structure qui est en place actuellement.
 
La base du courant ascendant de la supercellule est particulièrement ample et lisse. Crédit photo : Samina Verhoeven
La base du courant ascendant de la supercellule est particulièrement ample et lisse.
 
Situation orageuse sur la carte radar météorologique vers 17h42 LT. L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe. Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
Situation orageuse sur la carte radar météorologique vers 17h42 LT.
L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe.
Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
 
Après avoir repris la route pendant une dizaine de minutes, nous effectuons un quatrième arrêt (point P sur les cartes du parcours) après avoir parcouru une belle portion de la dirt road que nous occupons actuellement afin d'obtenir une meilleure position vis-à-vis de l'orage que nous observons. À propos de la dirt road, elle prend réellement des allures d'autoroute, tant il y a du monde dessus et que le déplacement des véhicules se fait à vive allure vers l'est. Une allure qui nous fait atteindre constamment 100 km/h afin de devancer la supercellule et de pouvoir effectuer des arrêts suffisamment longs que pour effectuer des prises de vues correctes.
 
La dirt road prend des allures d'autoroute tant la fréquence et la vitesse des voitures sont importantes. Crédit photo : Eric Dargent
La dirt road prend des allures d'autoroute tant la fréquence et la vitesse des voitures sont importantes.
 
Pour en venir à la supercellule, elle prend désormais un aspect particulièrement développé, si bien que l'on arrive même à deviner l'écho en crochet sans même regarder les images radars. En effet, vers 17h50 LT, on remarque une zone de précipitation se mettre en place vers le sud-ouest de notre position alors que le corps principal du RFD de l'orage se situe au nord-ouest par rapport à nous. Entre les deux, on note la mise en place d'une bande d'afflux de bonne facture. Quant au pseudo-front chaud, celui forme parfaitement bien une queue de castor qui se rattache au courant ascendant alors que le pseudo-front froid forme une belle bande d'alimentation.

Par ailleurs, la bande d'afflux de la supercellule est visible dans le film 'On The Way Of Storms - L'Intégral' entre 00: 52: 09 et 00: 52: 26, celle-ci étant accessible via le lien suivant : 27 mai 2013 - On The Way Of Storms - L'Intégral - 02.
 
La supercellule forme un écho en crochet très structuré sur la carte radar météorologique vers 17h51 LT. L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe. Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
La supercellule forme un écho en crochet très structuré sur la carte radar météorologique vers 17h51 LT.
L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe.
Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
 
Le courant ascendant de la supercellule forme à présent des striations indiquant une rotation durable tandis que le pseudo-front chaud commence à former une queue de castor à la gauche de la base du courant ascendant. Crédit photo : Samina Verhoeven
Le courant ascendant de la supercellule forme à présent des striations indiquant une rotation durable tandis que le pseudo-front chaud
commence à former une queue de castor à la gauche de la base du courant ascendant.
 
Vue rapprochée de la base du courant ascendant sous lequel on observe une bande de fractus constituant la bande d'afflux de la supercellule. Crédit photo : Samina Verhoeven
Vue rapprochée de la base du courant ascendant sous lequel on observe une bande de fractus constituant la bande d'afflux de la supercellule.
 
Toute comme sur la photo précédente, le courant descendant de flanc arrière de la supercellule (RFD en anglais abrégé) commence à s'enrouler autour du courant ascendant d'où la présence de précipitations dans cette zone. Crédit photo : Eric Dargent
Toute comme sur la photo précédente, le courant descendant de flanc arrière de la supercellule (RFD en anglais abrégé)
commence à s'enrouler autour du courant ascendant d'où la présence de précipitations dans cette zone.
 
Bref, l'orage supercellulaire entre dans sa phase de maturation proprement dite vers 17h55 LT soit moins d'une heure après l'étalement de l'enclume lors de la phase de formation. Nous sommes à présent dans une ambiance où nous serions absolument pas surpris d'assister à la naissance d'une tornade dans la région. D'ailleurs, on voit des zones de fractus tournoyer en direction du sol par-ci, par-là, ceux-ci faisant réellement croire à un début de formation d'une tornade.

On observe également des soulèvements de poussière se créer à gauche et à droite de notre point de vue démontrant le pouvoir aspirant de la cellule orageuse. À présent, le vent est si fort en direction du courant ascendant qu'il est difficilement possible de capturer des images cinématographiques stables de l'orage en raison des vibrations provoquées par le vent sur le trépied et la caméra. Un stabilisateur virtuel sera donc utile pour obtenir une meilleure stabilité au montage à la manière de ce qui sera fait pour les images du 25 mai au Colorado. Enfin, une fois quelques images réalisées, on reprend part à la caravane infernale des traqueurs d'orages qui se déroule sur la dirt road que nous empruntons actuellement.

Durant notre parcours vers l'est, on voit sans cesse la poussière des dirt road se soulever, ce qui offre une ambiance particulière à l'environnement que nous arpentons. Par ailleurs, une légère pluie se met en place, cela signifiant que nous sommes franchement tallonnés par le RFD à présent. Comme l'écho en crochet semble se diriger vers l'est-sud-est, il est temps pour nous de faire de même. Cela tombe plutôt bien car on constate au bout d'un moment que notre dirt road bifurque vers le sud, on continue donc dans cette direction jusqu'au moment où l'on peut reprendre la direction de l'est afin d'échapper au RFD. En effet, le but du jour étant la capture du courant ascendant de l'orage et pourquoi pas une tornade, nous n'avons pas décidé de nous faire traverser par le RFD aujourd'hui.

Enfin, après avoir pu reprendre la direction de l'est et parcourir un bon bout de chemin, nous décidons de faire un cinquième arrêt vers 18h00 LT, (point Q sur les cartes du parcours) une fois que le RFD semble être assez éloigné de nous. Depuis ce point de vue, on observe aisément le pseudo-front chaud qui est formé au nord de notre position tandis que le courant ascendant est bien présent vers l'ouest-sud-ouest de notre position. Cependant, malgré la présence de structures élaborées, il ne semble toujours pas y avoir un départ de formation de tornade.
 
Situation pluvieuse sur la carte radar météorologique vers 18h01 LT. L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe. Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
Situation pluvieuse sur la carte radar météorologique vers 18h01 LT.
L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe.
Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
 
Courant ascendant de l'orage supercellulaire se situant à l'ouest-sud-ouest de l'équipe. Crédit photo : Samina Verhoeven
Courant ascendant de l'orage supercellulaire se situant à l'ouest-sud-ouest de l'équipe.
 
Situation pluvieuse sur la carte radar météorologique vers 18h10 LT. L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe. Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
Situation pluvieuse sur la carte radar météorologique vers 18h10 LT.
L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe.
Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
 
Vue panoramique du courant ascendant se situant à l'ouest-sud-ouest de l'équipe. On remarque les structures nuageuses qui trahissent la rotation du système. Crédit photo : Samina Verhoeven
Vue panoramique du courant ascendant se situant à l'ouest-sud-ouest de l'équipe. On remarque les structures nuageuses qui trahissent la rotation du système.
 
Vue panoramique du pseudo-front chaud se situant au nord de l'équipe et derrière lequel sévit le courant descendant de flanc avant de la supercellule (FFD en anglais abrégé). Crédit photo : Eric Dargent
Vue panoramique du pseudo-front chaud se situant au nord de l'équipe et derrière lequel sévit le courant descendant de flanc avant de la supercellule (FFD en anglais abrégé).
 
Autour de notre équipe, on observe toujours autant de soulèvements de poussière, une situation indiquant une aspiration prononcée de l'air environnant par la cellule orageuse qui nous concerne actuellement. Ce genre de phénomène rend bien évidemment les prises de vues compliquées sans compter le fait qu'une telle ambiance peut même altérer notre matériel.
 
L'aspiration de l'air par le courant ascendant provoque l'apparition de soulèvements de poussières à ses alentours. Crédit photo : Samina Verhoeven
L'aspiration de l'air par le courant ascendant provoque l'apparition de soulèvements de poussières à ses alentours.
 
Le soulèvement de particules de poussières autour de l'équipe constitue un risque non-négligeable pour le matériel de prise de vue. Crédit photo : Samina Verhoeven
Le soulèvement de particules de poussières autour de l'équipe constitue un risque non-négligeable pour le matériel de prise de vue.
 
En reprenant la route, nous arrivons peu de temps après au niveau d'un croisement avec une route en bitume ! Cela s'avérant bien plus pratique pour prendre de la vitesse. De plus, ayant suffisamment devancé le RFD durant nos derniers déplacements, on peut se permettre de nous rendre vers le sud, ce que la route semble faire, soit vers la zone potentiellement tornadique ! On fonce donc vers celui-ci jusqu'à réaliser notre sixième arrêt afin d'observer ce qui se passe depuis le bord de la route vers 18h20 LT comme le font d'autres traqueurs (point R sur les cartes du parcours).
 
Situation orageuse sur la carte radar météorologique vers 18h20 LT. L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe. Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
Situation orageuse sur la carte radar météorologique vers 18h20 LT.
L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe.
Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
 
Prise de vue en direction du nord. On remarque la proximité immédiate du RFD de la supercellule à la gauche de l'image. Crédit photo : Samina Verhoeven
Prise de vue en direction du nord. On remarque la proximité immédiate du RFD de la supercellule à la gauche de l'image.
 
Peu de temps après, comme la supercellule continue toujours à progresser vers l'est-sud-est à vive allure, nous décidons de reprendre la route vers le sud jusqu'à dénicher une nouvelle route vers l'est. Durant notre descente, nous remarquons la présence d'une nouvelle dirt road sur notre gauche que nous n'hésitons pas à emprunter. Encore une fois, nous sommes pris dans une caravane de traqueurs fonçant à toute allure vers l'est, ce que nous faisons également. Seulement, à croire que le suivi actuel était trop beau jusqu'ici, une catastrophe se produit vers 18h35 LT soit après seulement 1h30 de traques...

Une nouvelle crevaison ! Bah oui ! Évidemment, juste maintenant ! Cela survenant juste au passage d'une bosse située dans un croisement de dirt road, cette dernière ayant littéralement fait exploser le pneu sous notre inertie. Ce genre d'évènement intervenant juste pendant notre traque, nous oblige à laisser passer la supercellule... Cette cellule sur laquelle j'avais tout misé depuis la veille au soir !
 
Position de la supercellule sur la carte radar météorologique vers 18h34 LT. L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe. Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
Position de la supercellule sur la carte radar météorologique vers 18h34 LT.
L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe.
Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
 
De plus, vu que nous utilisons déjà la roue de secours depuis le 25 mai 2013 lors de notre première crevaison au Colorado, nous n'avons plus d'autres choix que de changer la nouvelle roue crevée par celle ayant la vis enfoncée dans les rainures (cfr. récit du 25 mai 2013 pour connaître les circonstances de la première crevaison). He oui, on a pas encore pris le temps d'aller voir un garagiste pour la remplacer, ce qui apporte un risque non négligeable puisque nous pourrions bien être condamné à attendre une dépanneuse si la vis fini par vouloir s'en aller !
 
Eric Dargent s'appliquant au changement de la roue défectueuse. Crédit photo : Samina Verhoeven
Eric Dargent s'appliquant au changement de la roue défectueuse.
 
Le plus étonnant est de nous voir positionné près d'un cimetière pendant le changement de la roue (point S sur les cartes du parcours). D'ailleurs, voir la supercellule s'en aller dans un décor de ce genre me turlupine car je me demande si cela ne consiste pas en un signe du genre : "Bien, maintenant que tu es condamné à laisser filer la supercellule prometteuse et sur laquelle tu as planché depuis la veille jusqu'ici, pourquoi n'irais-tu pas t'enterrer là-bas..." Mouais, bon, je n'irai pas jusque là !
 
Passage du pseudo-front froid de la supercellule, conduisant l'équipe à se retrouver à l'arrière de la zone orageuse. Crédit photo : Samina Verhoeven
Passage du pseudo-front froid de la supercellule, conduisant l'équipe à se retrouver à l'arrière de la zone orageuse.
 
Durant le moment où Éric change la roue, je préfère aller effectuer un plan d'ensemble de l'éloignement de la cellule en me focalisant sur le pseudo-front froid soit la bande d'alimentation plutôt que de creuser ma tombe. Cela afin de sauver la séquence comme ce fut le cas durant la crevaison précédente, c'est à dire, le 25 mai au Colorado. Un certain agacement se fait sentir dans l'équipe car cela fait donc la deuxième fois que ce genre de mésaventure se présente à deux doigts d'arriver aux phases les plus intéressantes et ce n'est pas comme-ci on avait encore tout le temps devant nous pour goûter aux phénomènes supercellulaires avant de partir pour la Belgique...
 
Position de la supercellule sur la carte radar météorologique vers 18h48 LT. L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe. Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
Position de la supercellule sur la carte radar météorologique vers 18h48 LT.
L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe.
Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
 
Bande d'alimentation de l'orage supercellulaire. Celle-ci forme le pseudo-front froid du système en question. Crédit photo : Samina Verhoeven
Bande d'alimentation de l'orage supercellulaire. Celle-ci forme le pseudo-front froid du système en question.
 
Une fois la réparation effectuée, on reprend tout de même la traque vers 19h00 LT car, par chance, il s'avère que la supercellule n'a pas énormément avancé durant le changement de la roue qui n'a demandé qu'une vingtaine de minutes au final. Il faut dire qu'Éric est un as en la matière vu la vitesse à laquelle il opère ! Cependant, nous sommes à l'ouest de la supercellule désormais et le courant descendant de flanc arrière de l'orage soit le RFD s'est entre temps développé en entourant le courant ascendant. L'image radar est éloquente avec la présence d'un écho en crochet bien marqué. Cependant, si une tornade a lieu, elle doit être très probablement noyée dans les précipitations.
 
Echo en crochet développé et cachant une tornade sur la carte radar météorologique vers 19h02 LT. L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe. Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
Echo en crochet développé et cachant une tornade sur la carte radar météorologique vers 19h02 LT.
L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe.
Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
 
Vitesse radiale indiquant une rotation marquée sur la carte radar Doppler à double réflectivité vers 19h02 LT. L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe. Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
Vitesse radiale indiquant une rotation marquée sur la carte radar Doppler à double réflectivité vers 19h02 LT.
L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe.
Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
 
Comme nous sommes à présent derrière l'orage à cause de la crevaison, il est réellement impossible de voir quoi que ce soit se manifester sous le courant ascendant pendant qu'on est occupé à le suivre. Au bout d'un moment, vers 19h30 LT, constatant que nous ne rattraperons jamais la supercellule à moins de faire du 200 km/h pour ensuite nous faire menotter, nous décidons d'effectuer notre septième arrêt de la journée dans le but d'observer l'éloignement de l'orage vers l'horizon (point T sur les cartes du parcours).

Depuis notre point de vue, on voit le RFD qui enveloppe très bien le courant ascendant de l'orage supercellulaire tandis que la bande d'alimentation soit le pseudo-front froid continue à défiler juste au-dessus de nos têtes. Sa présence dans la région provoque des turbulences au niveau du sol ce qui demande un maintient continuel du trépied pendant que je tourne des séquences du sillage de la bande d'alimentation. Par ailleurs, ce sillage est présent dans le film 'On The Way Of Storms - L'Intégral' entre 00: 52: 39 et 00: 52: 53, celui-ci étant accessible via le lien suivant : 27 mai 2013 - On The Way Of Storms - L'Intégral - 03.
 
Situation pluvieuse sur la carte radar météorologique vers 19h30 LT. L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe. Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
Situation pluvieuse sur la carte radar météorologique vers 19h30 LT.
L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe.
Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
 
Base de la bande d'alimentation de l'orage supercellulaire vue en direction du nord-est. Crédit photo : Samina Verhoeven
Base de la bande d'alimentation de l'orage supercellulaire vue en direction du nord-est.
 
Vue panoramique de la bande d'alimentation matérialisant le pseudo-front froid de l'orage observé. Crédit photo : Samina Verhoeven
Vue panoramique de la bande d'alimentation matérialisant le pseudo-front froid de l'orage observé.
 
Depuis notre point d'observation, on remarque que pas mal de traqueurs dans la région sont en alerte ce qui nous fait vite comprendre que l'une ou l'autre tornade a frappé ou frappe encore le paysage à l'heure actuelle, celle-ci étant évidemment cachée par les fortes précipitations que nous observons depuis notre point de vue actuel. Certains traqueurs nous parlent tantôt d'une tornade temporaire et assez faible aux alentours de Smith Center tantôt d'un large tourbillon aux alentours de Lebanon, ces deux localités étant respectivement situées légèrement plus à l'ouest et à l'est par rapport à notre position actuelle.

Ainsi si le RFD ne masquait pas l'horizon, on aurait très certainement été occupé à observer un tourbillon sévir dans le paysage à l'est depuis un moment. Du côté du Storm Prediction Center, un rapport préliminaire tombe en annonçant la présence de ces tornades. Pour ceux qui désirent en savoir plus, le rapport en question est disponible via le lien suivant : 27/05/2013 - Tornado Reports.

Sur le coup, nous sommes donc perplexes car il est fort possible que nous aurions pu voir une tornade si la crevaison n'avait pas eu lieu en nous plaçant à l'ouest de la supercellule (l'envie de m'enterrer me revient donc à l'esprit) surtout que nous étions très proches des régions impactées. Cela dit, nous sommes tout de même satisfait d'avoir été au pied d'une supercellule génératrice d'une tornade quelle qu'elle soit car, après tout, c'était la première fois que l'on vivait ce genre de phénomène même si les circonstances ont été assez nulles à la fin, je l'accorde. Néanmoins, on a fait un tour structurel plutôt important autour du courant ascendant de l'orage aujoud'hui et nous pouvons donc être content puisque cela consistait en nos objectifs du jour. En fait, il ne reste plus qu'à obtenir une tornade à ce niveau là si j'ose dire mais ce serait bien qu'elle soit bien visible cette fois-ci.

Enfin, vers 19h45 LT, alors que nous nous apprêtons à reprendre la route en direction de l'est afin de voir ce qui se passe vers Lebanon, on remarque le passage à vive allure d'une ambulance. Cette dernière se dirigeant justement vers l'est. Par ailleurs, elle est présente dans le film 'On The Way Of Storms - L'Intégral' entre 01: 12: 31 et 01: 12: 35, celle-ci étant accessible via le lien suivant : 27 mai 2013 - On The Way Of Storms - L'Intégral - 04.
 
Ambulance se déplaçant à vive allure en direction de la zone orageuse. Crédit photo : Samina Verhoeven
Ambulance se déplaçant à vive allure en direction de la zone orageuse.
 
Vue du flanc occidental de l'orage supercellulaire au moment où l'équipe se rend dans la région méridionale de Lebanon. Crédit photo : Samina Verhoeven
Vue du flanc occidental de l'orage supercellulaire au moment où l'équipe se rend dans la région méridionale de Lebanon.
 
En progressant dans cette direction, on effectue un nouvel arrêt vers 19h50 LT (point U sur les cartes du parcours) soit juste au sud de la localité que nous voudrions croiser. Depuis notre point d'arrêt, on voit constamment défiler des services de secours depuis l'ouest en direction de l'est. De même, on constate la présence de routes barrées également. Par ailleurs, le passage de services de réparations et de secours est présent dans le film 'On The Way Of Storms - L'Intégral' entre 01: 12: 22 et 01: 12: 29, celui-ci étant accessible via le lien suivant : 27 mai 2013 - On The Way Of Storms - L'Intégral - 05.
 
Une fois arrivé dans la région située au sud de Lebanon, l'ambiance devient plus oppressante. Crédit photo : Samina Verhoeven
Une fois arrivé dans la région située au sud de Lebanon, l'ambiance devient plus oppressante.
 
Passage d'un service de réparations suivi de près par une ambulance. Crédit photo : Samina Verhoeven
Passage d'un service de réparations suivi de près par une ambulance.
 
Situation orageuse sur la carte radar météorologique vers 19h53 LT. L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe. Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
Situation pluvieuse sur la carte radar météorologique vers 19h53LT.
L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe.
Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
 
Lorsque l'on reprend la route afin de prendre l'embranchement en direction de Lebanon, on remarque qu'il n'y a pas de blocages effectués en direction de la ville même, ce qui est évidemment rassurant en terme de victimes. De fait, le tourbillon quelqu'il soit ne semble pas être passé sur l'agglomération en question mais plutôt dans les environs seulement. Après avoir traversé la ville vers 20h00 LT, on continue sur notre route jusqu'à arriver à la hauteur d'un point de vue dégagé en direction de la supercellule qui s'éloigne à présent loin vers l'est (point V sur les cartes du parcours).
 
Vue d'ensemble du système orageux sur la carte radar météorologique vers 19h58 LT. L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe. Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
Vue d'ensemble du système orageux sur la carte radar météorologique vers 19h58 LT.
L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe.
Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
 
Depuis ce que nous pouvons qualifier être notre huitième point d'observation du ciel de ce jour, on peut admirer la présence d'une très belle bande d'alimentation qui vient nourrir l'orage en énergie, celle-ci étant habitée par des cumulus à tous les stades d'évolution (humilis, mediocris, congestus etc.). Notre distance permet à présent d'avoir une belle vue d'ensemble de la structure orageuse et c'est avec passion que nous regardons celle-ci s'éloigner vers l'est. Par ailleurs, la bande d'alimentation est présente dans le film 'On The Way Of Storms - L'Intégral' entre 00: 52: 55 et 00: 53: 10, cette dernière étant accessible via le lien suivant : 27 mai 2013 - On The Way Of Storms - L'Intégral - 06.
 
Éloignement du système orageux en direction de l'est. On observe aisément la bande d'alimentation composée de nuages cumuliformes à différents stades d'évolution. Crédit photo : Samina Verhoeven
Éloignement du système orageux en direction de l'est. On observe aisément la bande d'alimentation composée de nuages cumuliformes à différents stades d'évolution.
 
Une bonne demi-heure plus tard, nous reprenons la route 281 empruntée vers le nord jusqu'ici mais vers le sud cette fois afin de reprendre la route 36 vers l'est. Pendant notre progression, on remarque la présence de barrages policiers sur certaines routes allant en direction de l'est, ce qui peut signifier que des dégâts dû au passage de tornades doivent être présents. Seulement, les barrages alliés au coucher du soleil ne nous permettront pas de capturer ces dégâts aujourd'hui, ce qui nous conduit à passer notre chemin.

Après être encore finalement resté une bonne heure dans la région à observer l'éloignement du système orageux dans le ciel crépusculaire ainsi que capturé quelques éclairs surgissant de celui-ci, nous décidons de reprendre la route 36 vers 21h50 LT en direction de Salina où il devrait être possible de trouver un revendeur de pneus demain matin ainsi qu'un détaillant pour une optique destinée à l'appareil photo d'Éric. En effet, il s'avère que des défaillances sont présentes au niveau du contact entre l'appareil et celle-ci, ce qui l'oblige à en trouver une autre rapidement s'il veut encore faire des photos convenablement.
 
Eclair internuageux sévissant à l'arrière de la zone orageuse devenue intégralement multicellulaire. Crédit photo : Eric Dargent
Éclair internuageux sévissant à l'arrière de la zone orageuse devenue intégralement multicellulaire.
 
Vue d'ensemble du système orageux sur la carte radar météorologique vers 21h48 LT. L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe. Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
Vue d'ensemble du système orageux sur la carte radar météorologique vers 21h48 LT.
L'étoile blanche représente la position actuelle de l'équipe.
Crédit illustration : Weather & Climate Toolkit - NOAA
 
En parcourant la route qui s'avère assez longue pour relier Lebanon à Salina, surtout après une journée pareille, nous croisons les doigts pour que rien ne se passe au niveau de la roue ayant la vis plantée étant donné que l'on se trouve à présent dans l'obscurité complète d'une nuit américaine et au milieu de nulle part mais tout au moins sur une bonne route en bitume. De fait, on préfère éviter les dirt road pour le moment bizzarement... Après quelques temps, on finit par oublier l'histoire du risque permanent de crevaison au point de même nous faire prendre par l'envie de nous rapprocher d'une cellule orageuse bien électrique, celle-ci se trouvant même sur notre route ! Bien entendu, cela ne serait pas fun si plus rien ne se passe, donc, il faut quand même qu'on finisse par entendre le doux son suivant... "PFFF Pfff pfff pfff pfff - bolom bolom bolom bolom..." Yes ! On a perdu la vis ! Voilà, à présent, c'est fait, nous sommes au milieu de la nuit, au milieu d'une route qui manifestement se trouve au milieu de nulle part (point W sur les cartes du parcours) si ce n'est Belleville à 5 miles, le tout avec une crevaison bien aboutie...

S'ensuit par après la recherche du numéro de téléphone de notre loueur de voitures jusqu'au moment où une première personne s'arrête pour voir si on a besoin d'aide. À celle-ci, on lui stipule que nous avons une crevaison mais que cela devrait s'arranger et qu'on ne voudrait donc pas la déranger. Par la suite, nous commençons à découvrir que cela ne semble pas aussi simple qu'on l'imaginait. De fait, lorsque l'on essaye de communiquer avec notre loueur, certains termes techniques nous échappent et on a donc du mal à pouvoir s'arranger.

À ce moment là, une autre personne s'arrête à notre hauteur. S'appelant Éric également, il nous propose gentillement son portable pour que l'on puisse communiquer avec le loueur sans exploser notre facture de gsm et il prend même part à la conversation téléphonique pour tout arranger vu que nous avions quelques difficultés. Cependant, on apprend que le dépanneur ne risque pas d'arriver de suite et qu'il faut donc compter une bonne heure d'attente. Sur ce, on remercie amplement Éric et lui proposons fatalement de reprendre son chemin afin de ne pas le déranger davantage mais il préfère rester avec nous et faire la conversation, ce que l'on apprécie beaucoup.

Du coup, on parle de la traque aux orages qu'il a précédemment pratiquée ainsi que des animaux qui rodent pendant la nuit tel que les coyotes puisque nous en entendons à l'instant, ceux-ci étant plus bruyant que dangereux. C'est surtout des cougars dont il faut se méfier et pour cela, Éric garde constamment un fusil avec lui. Pendant notre discussion, nous pouvons aussi observer le fameux orage que nous voulions poursuivre avant que la roue ne nous lache... Bref, c'est vraiment un moment d'anthologie même si je suis franchement crevé et que j'ai aussi très froid.

Finalement, vers 00h45 LT, le dépanneur arrive et embarque la voiture, seulement, il n'y a qu'une seule place dans la dépanneuse mise à part celle du chauffeur, ainsi, Éric de notre collectif monte avec lui pendant qu'Éric nous ayant aidé embarque Samina et moi-même dans son véhicule. Quelle chance qu'il soit resté avec nous car sinon, on aurait encore eu de nouveaux problèmes puisqu'on ne peut pas monter dans un véhicule en dépannage apparemment ! Enfin, bref, ne pensons pas à ce qui aurait encore pu se produire comme problèmes...

Sinon, on a une nouvelle destination, celle de Concordia ! C'est plus au nord que le risque orageux du lendemain (ou d'aujourd'hui vu l'heure, c'est selon...) mais au point où l'on en est, je préfère ne plus y penser pour le moment. Sinon, notre loueur a pris le soin de prendre un hôtel pour nous dans la ville, ce que l'on juge vraiment sympa comme service jusqu'au moment où une fois arrivé sur place (point X sur les cartes du parcours), on découvre qu'il s'agit d'un hôtel possédant un certain standing, en tous cas vu de l'extérieur. Avant de nous y rendre, le dépanneur dépose notre véhicule sur le parking et Éric discute encore un peu avec nous. En fait, s'il faisait la route de nuit avant de nous rencontrer, c'était pour aller au Wall Mart de la région car ce magasin de type grande surface ouvre 24h/24h et est donc accessible en pleine nuit !

Enfin, alors qu'il est déjà 02h00 LT du matin, on se rend au guichet de l'hotel et constatons que le prix est bien plus élevé que d'habitude. Qui plus est, le check-out est à 11h00 LT du matin déjà alors que les orages ne sont pas prévus très tôt et que j'aurais aimé dormir un tout petit peu après toute cette mésaventure... Sur le coup, on aurait pu se contenter d'un simple môtel mais bon, impossible de faire marche arrière étant donné que la voiture est déjà débarquée sur le parking avec son pneu crevé.

On remercie amplement Éric, notre accompagnateur durant tout ce bazar et qui est resté avec nous jusqu'ici ! Soit pendant près de deux heures et demi depuis le début des problèmes. On a du coup une sacrée admiration face à la gentillesse et à l'éducation des gens du middle west où l'entraide et le respect est monnaie courante dans cette région. Une fois les affaires débarquées dans la chambre et le déchargement des images effectuées sur les disques durs, c'est parti pour une bonne petite nuit de sommeil à partir de 03h30 LT du matin jusqu'à la journée du lendemain qui nous réserve des surprises auxquels on ne peut actuellement pas s'attendre psychologiquement...
 
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